Entre la fureur à Mexico et la riposte éclair de la Corée du Sud à Guadalajara, le tournoi a commencé avec un niveau de tension qu’aucun scénario prudent n’aurait pu prévoir. Le Canada observera tout cela de près avant de faire son entrée.
La Coupe du monde 2026 a démarré sur un ton franchement électrique, avec deux rencontres du groupe A qui ont servi de prélude à 39 jours de football et à 104 matchs répartis entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Dès les premières minutes, le tournoi a montré qu’avec 48 équipes, l’imprévu n’est pas une possibilité marginale, mais une promesse presque certaine. Pour les partisans canadiens, cette première journée a agi comme un avertissement et comme un avant-goût de ce qui les attend chez eux.
Mexico lance le tournoi dans le bruit et le tumulte
Le stade Azteca a donné le coup d’envoi devant plus de 80 000 spectateurs, dans une ambiance déjà gonflée par les prestations de Shakira et de Maná. Le match entre le Mexique et l’Afrique du Sud a rapidement quitté le terrain du cérémonial pour entrer dans celui du chaos organisé. Le premier but du tournoi est venu tôt, après une erreur de relance sud-africaine que l’ailier Julián Quiñones a punie en plaçant le ballon entre les jambes de Ronwen Williams à la neuvième minute.
Le moment le plus chargé d’émotion est toutefois arrivé avec Raúl Jiménez. L’attaquant mexicain, marqué par une grave fracture du crâne subie en 2020 lorsqu’il jouait à Wolverhampton, a inscrit de la tête son premier but en Coupe du monde avant de quitter la pelouse en pleurs. Ce but a porté une valeur symbolique bien plus large que le simple 2-0 au tableau d’affichage.
La suite a surtout fait parler pour de mauvaises raisons. L’arbitre brésilien Wilton Sampaio a sorti trois cartons rouges, un sommet pour un match d’ouverture de Coupe du monde et une rareté à ce niveau de compétition. Les expulsions ont touché Sphephelo Sithole en première demie, puis Themba Zwane après révision vidéo pour un geste au visage de Roberto Alvarado, avant que César Montes ne soit lui aussi renvoyé aux vestiaires en fin de match pour avoir coupé une échappée. Chacun de ces joueurs sera suspendu pour la prochaine rencontre du groupe.
- Première victoire du Mexique dans un match d’ouverture de Coupe du monde.
- Premier but du tournoi marqué par Julián Quiñones.
- Trois cartons rouges, un record pour une ouverture.
- Un but symbolique de Raúl Jiménez après des années de résilience.
Au-delà du tumulte, le résultat a aussi une portée historique pour les hôtes. La formation de Javier Aguirre a enfin remporté son premier match inaugural en Coupe du monde, après une longue série de revers et de nuls dans ce type de rendez-vous. Le coach a aussi accordé une place importante à Gilberto Mora, milieu de terrain de 17 ans, l’un des jeunes les plus surveillés du soccer international. Dans l’ensemble, cette victoire propre et nerveuse a offert au Mexique un départ bien plus rassurant que ses ouvertures passées.
La Corée du Sud répond avec sang-froid
Si la première rencontre a ressemblé à une tempête, la deuxième a plutôt pris la forme d’une remontée patiente et méthodique. À Guadalajara, la Corée du Sud a renversé la Tchéquie 2-1 après avoir concédé l’ouverture du score dans un stade Akron à moitié rempli. Le match n’a pas offert un début très inspirant, au point que les deux équipes ont été accueillies par des huées au retour au vestiaire.
La Tchéquie a d’abord profité de son point fort habituel. À la 59e minute, le capitaine Ladislav Krejčí a dominé tout le monde sur une longue touche pour inscrire de la tête le premier but de son équipe. Mais la réponse sud-coréenne a été d’une qualité remarquable. Huit minutes plus tard, Lee Kang-in a servi Hwang In-beom, qui a éliminé deux défenseurs et le gardien par une feinte avant de déposer le ballon dans le coin du filet. Cette séquence de 25 passes a donné à l’égalisation une dimension presque pédagogique : possession, patience, précision.
Le match a ensuite connu un autre basculement. Tomáš Souček a cru redonner l’avance aux Tchèques à la 77e minute, mais le hors-jeu a été confirmé par révision. Quelques instants plus tard, la Corée du Sud a frappé au bon moment. Le remplaçant Oh Hyeon-gyu, qui a dit après la rencontre qu’une fièvre de 38 degrés l’avait fait hésiter jusqu’à la dernière minute, a repris un centre rasant de Hwang pour marquer le but décisif. Dans le temps additionnel, Kim Seung-gyu a scellé le sort de la rencontre avec un arrêt plongeant qui a préservé la victoire.
La feuille de match illustre bien le scénario : 15 tirs pour la Corée du Sud contre 8 pour la Tchéquie, et une impression nette que l’équipe asiatique possède le profil d’un véritable trouble-fête. Cette victoire a aussi permis à Son Heung-min de rejoindre un groupe très restreint, lui qui devient l’un des deux seuls joueurs à avoir disputé quatre Coupes du monde pour son pays, avec l’entraîneur-chef Hong Myung-bo.
Le groupe A s’ouvre déjà, et le Canada approche
Après cette première salve, le classement du groupe A est déjà très serré. Le Mexique et la Corée du Sud comptent trois points chacun, les hôtes prenant l’avantage seulement à la différence de buts. L’Afrique du Sud et la Tchéquie se retrouvent déjà sous pression, avec des suspensions à gérer et très peu de marge pour se reprendre.
Pour le public canadien, l’essentiel commence maintenant. L’équipe nationale entre en scène vendredi au BMO Field de Toronto, à guichets fermés, contre la Bosnie-Herzégovine, dans le tout premier match de Coupe du monde masculine disputé sur le sol canadien. Le groupe de Jesse Marsch, aussi composé du Qatar et de la Suisse, poursuivra ensuite sa phase de groupes au BC Place de Vancouver. Après avoir vu les autres hôtes et plusieurs formations ambitieuses ouvrir leur tournoi, le Canada arrive dans un contexte à la fois porteur et exigeant.
- Le Mexique et la Corée du Sud amorcent le tournoi avec trois points.
- L’Afrique du Sud et la Tchéquie devront composer avec des absences importantes.
- Le Canada jouera son premier match face à la Bosnie-Herzégovine à Toronto.
- Le reste du parcours canadien se déroulera à Vancouver.
Cette journée d’ouverture a montré une chose très clairement : la Coupe du monde élargie ne sera ni lente, ni prévisible, ni discrète. Entre les trois cartons rouges à Mexico, le but empreint d’histoire de Raúl Jiménez, la persévérance d’Oh Hyeon-gyu malgré la fièvre et la construction en 25 passes du but égalisateur sud-coréen, le tournoi a déjà livré assez de rebondissements pour nourrir plusieurs semaines de discussions. Le Canada n’a pas encore joué, mais il entre dans un événement qui a déjà trouvé son rythme : intense, bruyant et imprévisible.
